Le Top 5 des phrases à ne surtout pas prononcer lors de manifestation de soutien à Israël

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Mardi soir, à l’appel de tout plein d’associations juives, s’est tenue devant l’ambassade d’Israël une manifestation de soutien à Israël. J’y suis allée, hyper motivée, je suis rentrée hyper déprimée. Oui, un peu comme le mec qui a soulevé une meuf au henné de sa cousine et le lendemain matin, dans la lumière blafarde de la salle de bains, il la voit refoutre sa robe brillante. Bref, j’ai la gueule de bois. Toi ça va ? Ben lis ça, on verra ensuite…

 

«J’espère qu’il va pas pleuvoir, je sors de chez le coiffeur» : oh oui, amie célibataire, moi aussi j’ai considéré que comme tout gros rassemblement de population, les manifestations juives pouvaient être l’objet d’œillades, rapprochements et autre filages de numéros. Le hic, c’est que quand on manifeste, en règle générale la situation n’est pas tip-top. Résultat, draguer en manif c’est comme demander à ton débiteur de te régler pendant la levée du corps de son père. C’est malvenu. Et puis, qu’est ce que tu vas dire à tes futurs enfants ? «Ton père et moi, on s’est rencontrés au rassemblement après l’assassinat d’Ilan Halimi. Mais c’est vraiment devenu sérieux en janvier 2009, pendant un rassemblement pour protester contre les actes antisémites». Si à tout hasard vous êtes dans ce cas, mieux vaut dire à votre progéniture que vous vous êtes chinés sur Feujworld. Si, si, je te jure c’est mieux.

 

« Pourquoi on manifeste jamais dans le Marais, on aurait pu bouffer après. J’ai faim » : manifester, c’est un acte militant, alors tu mets ton estomac en sourdine. Même si je sais, via une connexion cervicale qui nous échappe à tous, que quand tu entends la porte-parole d’une association qui ramasse du blé pour les soldats s’époumoner dans un micro qui grésille, tu penses irrémédiablement à ta mémé dans sa cuisine. Mémé = friture = les boulettes = schwarmas (donc tu restes dans le thème quand même) et t’as faim. Pour faire taire tes gargouillis, qui deviennent plus bruyants que les «Israël vivra, Israël vaincra» de la LDJ ( tu sais, les mecs qui exceptés leurs drapeaux israéliens sur le dos, ressemblent en tout point aux militants du Bloc Identitaire), tu peux tenter l’humour en balançant «je reviens, je vais m’acheter une saucisse de Nuremberg au marché de Nöel, vous me raconterez ce que j’ai manqué». Une option envisageable évidemment à plus de 5 mètres du cortège des Fils et Filles de Déportés juifs de France.

 

«Finalement ça sert à quoi d’être là ?» : toute action collective demande un minimum de cohésion. On est pas là pour réfléchir, on est là pour… Manifester. Ouais je sais, moi aussi j’ai des doutes. Dis-toi que ce genre de moment de communion (ouais je m’emballe) permet :

– De réviser la Méguila qu’on lira à Pourim dans quelques mois. Hier, dès qu’on prononçait le nom de Fabius-Aman, tout le monde huait, sifflait, tapait des pieds, ça fait une bonne répétition.

– D’apprendre par cœur la chanson «Am Israël Haï» remise au goût du jour depuis la reprise de Bibi, et qui n’est d’ailleurs toujours pas disponible sur iTunes.

Et puis ça permet aussi de retomber sur des têtes qu’on a pas vu depuis longtemps. Fais gaffe quand même. Hier j’ai vu un vieux dire à Claude Goasguen «On se connaît, vous priez au Raincy, non ?»

 

«Tu as vu les images de la famille palestinienne tuée dans un bombardement. C’est dur quand même» : houla malheureux(se), dans quoi tu t’embarques… Moi- même très aguerrie dans ce genre d’exercice, je tombe parfois dans le piège de la compassion. Hier, j’ai bien tenté cette remarque auprès de ma cousine Yaëlle, qui m’a demandé si j’étais malade avec autant d’étonnement et de mépris que si j’avais brandi la biographie de Diams en criant «Allah est grand !». A côté de moi, une sexagénaire a failli m’arracher la tête avec sa pancarte «Hamas = Islamisme », en hurlant : «Et les enfants de Sdérot, et ceux de Ashdod ! Nos soldats, que Dieu les bénisse, préviennent les civils avant d’envoyer les bombes, je l’ai vu sur Guysen TV. Faut arrêter de regarder Charles Enderlin sur France 2. Moi les arabes, je les connais, je suis né en Tunisie, alors taisez-vous !», créant un mini-attroupement autour de ma personne qui n’était pas sans rappeler la honte que j’ai ressentie en 4e, quand Yoni Krief a volé dans mon sac Mandarina Duck un paquet de serviette hygiénique, et a joué au foot avec dans la cour.

 

«C’est un peu toujours pareil, ces manifs» : c’est vrai, quand tu sors du métro Champs-Elysées / Clémenceau, que tu tournes avenue Matignon, que tu passes devant le Berkeley, t’as la même impression que quand tu tombes en zappant sur «Le Grand Blond avec une chaussure noire» sur RTL9. Mais bon, ça a aussi son charme de connaître déjà ce qui va se passer. A la tribune, t’as tout le banc et l’arrière-banc des responsables communautaires qui va placer 3 mots. T’as le président de l’association Machin bidule qui hurle parce qu’il a pas compris qu’il avait un micro, le responsable du Conseil Trucmuche qui lâchera pas le micro tant qu’il sortira pas vainqueur à l’applaudimètre. En plus, hier, y a eu de la nouveauté côté «amis d’Israël». On a découvert qu’on avait plein de nouveaux potes : des arméniens, des asiatiques et même des africains. C’est simple, c’était plus une estrade, c’était une pub Benetton.

 

The SefWoman

Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)

 

 

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Copyright photo : Sophie Taïeb

Article publié le 21 novembre 2012. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2014 Jewpop

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